C'est quoi être multipassionné.e ?

Publié le 29 août 2025 à 07:03

Une vie trop vaste pour une seule étiquette !

« Alors, tu fais quoi dans la vie ? »

C’est la question rituelle qu’on pose lors d’un dîner, d’un entretien ou d’une première rencontre. Mais pour un.e multipassionné.e, elle ressemble souvent à un piège. Doit-on répondre par "la dernière activité en date" ? Par "le métier officiel" ? Ou bien par un résumé impossible de toutes ces passions qui cohabitent et qui font sens ensemble ?

Être multipassionné.e, c’est justement ça : avoir plusieurs élans intérieurs, explorer des domaines variés, refuser de réduire sa vie à une seule case. Là où le modèle dominant valorise encore l’hyper-spécialisation (le médecin, l’ingénieur, l’avocat), les multipassionnés rappellent qu’il existe une autre façon de s’accomplir : en choisissant la diversité plutôt que l’unicité, en célébrant la curiosité comme moteur de vie !

Être multipassionné.e : plus qu’une curiosité, une identité

Un.e multipassionné.e est une personne dont l’intérêt ne se limite pas à une seule discipline. Contrairement à l’image d’instabilité qui leur est parfois attribuée, ces profils se distinguent par une curiosité insatiable, un appétit d’exploration et une soif de variété.

Ils peuvent être passionnés par la photographie et la psychologie, la musique et l’entrepreneuriat, la cuisine et les voyages. Pour eux, apprendre n’est jamais une contrainte, mais un plaisir qui se renouvelle sans cesse. Chaque nouvelle passion n’efface pas la précédente, elle vient enrichir une mosaïque déjà foisonnante.

On les appelle aussi slasheurs, car ils cumulent parfois plusieurs métiers (“photographe / coach / écrivain”), ou encore multipotentiels, un terme popularisé par Emilie Wapnick dans sa conférence TED (extrait juste ici). Barbara Sher, pionnière de la psychologie créative, les appelait les scanners, ceux qui balaient le monde de leur regard avide et sautent d’un domaine à l’autre avec enthousiasme !

Les forces d’une multipotentialité assumée

L’une des principales forces des multipassionnés réside dans leur capacité à créer des ponts entre des univers a priori éloignés. Un.e passionné.e de biologie et de design pourra inventer des objets inspirés de la nature. Un.e ingénieur.e qui s’intéresse à la philosophie développera peut-être une approche plus éthique de la technologie. Ces croisements nourrissent une créativité démultipliée, impossible à obtenir en restant dans une seule case.

Leur adaptabilité est un autre atout majeur. Habitué.e.s à changer de domaine, à repartir de zéro, à apprendre rapidement, ils développent une agilité rare. Dans un monde où les métiers évoluent à une vitesse fulgurante et où la reconversion professionnelle devient la norme, cette souplesse constitue un avantage compétitif décisif !

Les multipassionnés bénéficient également d’un réseau et d’un capital relationnel souvent plus riches que la moyenne. Chaque passion les amène à rencontrer de nouvelles personnes, à entrer dans de nouveaux cercles, à créer des opportunités inattendues. Ce maillage élargi favorise les collaborations et les projets transversaux.

Enfin, là où beaucoup s’essoufflent dans la répétition, les multipassionnés se nourrissent de la nouveauté. La découverte agit comme une source d’énergie inépuisable. Leurs projets se renouvellent sans cesse, et cette dynamique les maintient vivants, enthousiastes, éveillés.

Les défis de celle et ceux qui refusent une seule voie

Pour autant, la vie d’un.e multipassionné.e n’est pas toujours un long fleuve tranquille.

Nombreux sont ceux qui luttent contre le syndrome de l’imposteur. En explorant de nombreux domaines, ils se sentent parfois "moins experts" que les spécialistes. Cette petite voix intérieure leur susurre : "Je sais un peu de tout, mais je ne suis vraiment excellent nulle part."

La pression sociale est un autre obstacle. Depuis l’école, on nous apprend à choisir : une filière, une spécialité, un métier. Les multipassionnés, eux, se heurtent à cette injonction permanente : "Il faut te fixer." Résultat : un sentiment de culpabilité, d’anormalité, parfois même une impression de ne jamais être "au bon endroit".

À cela s’ajoute un défi très concret : la dispersion. Quand on a dix passions et seulement vingt-quatre heures dans une journée, la frustration est inévitable. Les projets s’accumulent, certains restent inachevés, et la surcharge mentale guette. Ce trop-plein peut mener au découragement, voire à un burn-out passionnel !

Légende photo : quand plusieurs directions s'offrent à nous...

Portrait du multipassionné au quotidien

Imaginez Julie. Elle est graphiste freelance. Mais elle ne s’arrête pas là. Elle suit aussi des cours de céramique, anime un podcast sur la parentalité, se passionne pour la permaculture et rêve d’ouvrir un café-lieu culturel. Dans son agenda, ses passions s’entremêlent. Certains jours, elle se demande si elle ne fait pas "trop". Pourtant, quand elle parle de ses projets, ses yeux brillent.

Ou encore Marc. Ingénieur de formation, il a enchaîné les postes dans l’automobile, mais il écrit aussi des nouvelles, donne des conférences sur la transition énergétique et vient de lancer une chaîne YouTube de vulgarisation scientifique. Ses collègues ne comprennent pas toujours "comment il trouve le temps", mais lui ne se pose pas la question : il a besoin de cette diversité pour se sentir vivant.

Ces portraits ne sont pas des exceptions. Ils illustrent une réalité vécue par des milliers de personnes qui ne rentrent pas dans les cases traditionnelles, mais qui inventent des trajectoires singulières.

Apprivoiser sa multipotentialité

Pour bien vivre sa multipassion, il est essentiel d’abord de changer de regard. Être multipassionné n’est pas un défaut, c’est une identité. La diversité n’est pas une dispersion, mais une richesse.

La première étape consiste à cartographier ses passions. Prendre le temps de les écrire, d’identifier ce qu’elles apportent concrètement : quelles compétences, quelles émotions, quelles valeurs ? Cette clarification permet de donner du sens et de repérer des synergies.

Plutôt que de tout cloisonner, il est souvent possible de trouver des points de convergence. Un.e multipassionné.e passionné.e par la psychologie et l’écriture pourra développer une activité autour de la bibliothérapie. Un.e autre, passionné.e de cuisine et de voyages, pourra se tourner vers le journalisme culinaire.

Il peut aussi être utile de fonctionner par cycles. Rien n’oblige à tout vivre simultanément. Explorer une passion à fond pendant quelques mois, puis passer à une autre, permet de nourrir sa curiosité sans s’épuiser.

Enfin, apprendre à poser des limites devient vital. Dire non à certains projets, se donner des priorités, ne pas chercher à “tout caser” en même temps, permet de préserver son énergie et de maintenir le plaisir intact.

(On y reviendra dans un autre article très prochainement)

Légende Photo : quand tout s'assemble...

Être multipassionné.e au travail : frein ou opportunité ?

Le marché du travail reste parfois méfiant. Les CV multipassionnés sont souvent jugés "trop instables". Pourtant, de plus en plus d’entreprises comprennent la valeur ajoutée de ces profils hybrides. Dans l’innovation, la communication, le design, la tech ou l’entrepreneuriat, les multipassionnés sont même recherchés pour leur vision transversale.

L’entrepreneuriat constitue d’ailleurs un terrain privilégié. Créer sa propre activité permet de combiner plusieurs passions sous une même identité. On peut être coach et auteur, photographe et formateur, artisan et podcasteur. Les carrières linéaires appartiennent de moins en moins au modèle dominant. Aujourd’hui, un parcours non linéaire n’est plus un défaut : c’est une signature !

Des figures inspirantes

L’histoire regorge de multipassionnés célèbres. Léonard de Vinci en est l’archétype : peintre, inventeur, scientifique, visionnaire. Maya Angelou a incarné tour à tour la poète, la chanteuse, l’actrice, la militante. Richard Branson a bâti un empire en osant naviguer d’un secteur à l’autre, de la musique à l’aviation, puis au spatial. Steve Jobs, en mariant technologie, design et philosophie, a réinventé notre rapport aux objets.

Ces figures rappellent une chose : la multipotentialité n’empêche pas de réussir. Au contraire, elle peut devenir un puissant moteur d’innovation et d’inspiration.

En résumé...

Être multipassionné.e, ce n’est pas être instable ni dispersé.e. C’est vivre plusieurs vies dans une seule. C’est refuser de choisir entre ses élans pour inventer une trajectoire singulière.

Dans un monde en mutation permanente, la capacité à apprendre vite, à s’adapter et à relier des univers différents n’est pas seulement un luxe : c’est une compétence vitale. Les multipassionné.e.s ne sont pas des "rêveurs inconstants", ils sont les pionniers d’une nouvelle façon de concevoir le travail et la vie.

Alors, plutôt que de s’excuser d’être “trop curieux”, et si on assumait enfin cette identité multiple comme un véritable superpouvoir ?

Et ce n'est que le début...

Dans les prochains articles, on explorera ensemble le coaching, des guides pratiques et des exercices pour apprivoiser la multipotentialité. On parlera aussi bilan de compétences, EMDR, et bien plus encore...

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